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COMPTE RENDU DU CONGRES de MAYENCE

13 OCTOBRE 2007



Comme chaque année, et ce depuis 1996, Jean-Claude BONNETAIN et Jean-Marc HUTT ont assisté, en tant que membres cooptés de l’AKFOS ( ARBEITSKREIS FÜR FORENSISCHE ODONTO-STOMATOLOGIE) , au Congrès National de MAINZ ( MAYENCE), le 13 octobre 2007. Il s’agissait de la 31ème journée de formation et de contact de notre association- sœur allemande. Celle-ci s’est déroulée dans une ambiance studieuse et amicale au sein de l’hôpital central de MAYENCE.

Nous avons bénéficié d’un programme particulièrement attrayant, portant cette année essentiellement sur l’expertise bucco-dentaire et l’évolution de la législation en matière de droit de la santé Outre- Rhin.

1-Après quelques paroles de bienvenue du Président de l’AKFOS , Klaus RÖTZSCHER, la première intervention a été assurée par le Professeur L. FIGGENER de MÜNSTER , qui est également vice- président de l’association.
Le thème de la conférence a porté sur la jurisprudence actuelle en matière de responsabilité odontologique, en considération de situations psychosomatiques particulières (dépression consécutive à un traitement prothétique, prise en charge des frais uniquement en cas de guérison complète, prise en compte des facteurs somatiques et psychiques, conséquences psychosomatiques rares, risques imprévisibles ou atypiques, etc…)

2- Puis le Professeur R. SINGER de LUDWIGSHAFEN, nous a relaté de nombreux cas concrets d’expertises dans le domaine de l’implantologie. Comme chez nous, les plaintes sont en nette augmentation.

3- Le Professeur G.WAHL de BONN a parlé des complications et du consentement éclairé en matière d’anesthésie locale en art dentaire .
Que les complications soient liées à l’injection ou aux produits, le conférencier a noté, là aussi, une recrudescence des litiges depuis la fin des années 1990. Il recommande, parmi beaucoup de mesures, une meilleure information sur les auto blessures, sur le retour en voiture, etc….

4- Le Docteur G. DIEDRICHS de DÜSSELDORF a traité de l’évolution de la jurisprudence suite aux conflits relatifs aux restaurations prothétiques.
Cet expert a constaté un nombre croissant de plaintes et d’indemnisations, depuis 15 ans, malgré l’amélioration des techniques et la qualité globale des traitements.
Elle a cité, suite à une faute caractérisée d’un praticien en 2004 (traitement de racine incomplet) un jugement de la Cour de Cologne qui a alloué 7 000 € de pretium doloris pour les seules douleurs dentaires dépassant 4 jours !
Entre 1990 et 2006 , l’indice moyen du pretium doloris a passé de 1 à 20 .

5- Le Docteur C. GRUNDMANN de DUISBURG, en se basant sur différentes jurisprudences, aborde le problème de la compétence en art dentaire, en analysant les droits et les devoirs des praticiens. Il rappelle les limites morales et juridiques de notre compétence professionnelle.

6- La conférence suivante a été soutenue par le Docteur B. GELBRICH de l’Université de LIEPZIG.
Il s’agit d’une étude intéressante et très originale,bien que difficilement exploitable en pratique courante, ayant pour thème l’influence de l’âge et de la qualité des examens OTP en odontologie légale.

7- H.P.KIRSCH de SAARBRÜCKEN, un habitué de nos congrès AFIO, a axé sa conférence sur les fautes de traitements les plus courantes en pratique quotidienne. Le conférencier a évoqué tour à tour les fautes de diagnostic, de thérapeutique, de conseils et d’organisation, à travers les expériences illustrées tirées de sa pratique journalière et de son activité expertale.

8- La dernière conférence a été assurée par le Professeur R. LESSIG de l’IML DE LEIPZIG qui a conclu par la problématique des analyses des traces de morsures dans la pratique odonto-légale courante.
Il rappelle en 7 points les directives de l’ABFO, qui ne sont pas toujours faciles à mettre en œuvre dans la pratique courante ; évoque le problème de la maltraitance à enfant, survole une étude comparative homme/animal, en insistant particulièrement sur la grande variabilité de morsures parmi la gente canine.
Enfin, il constate que depuis l’essor des analyses par ADN, il est fait de moins en moins appel aux spécialistes des traces de morsures.


Lors de l’assemblée générale clôturant cette journée intense, s’inspirant certainement de l’expérience française, il a été évoqué la possibilité de mettre en place l’équivalent d’un DU d’identification odontologique (AES) en Allemagne, dans une structure qui reste encore à définir.

Le Président RÖTZSCHER, après avoir remercié les participants, nous donne rendez-vous pour les 32ème et 33ème journées nationales qui se dérouleront, toujours à Mayence, respectivement le 11.10.2008 et le 10.10.2009.

Il réitère, comme chaque année, son invitation à tous les membres de l’AFIO pour ces manifestations et nous lui assurons ainsi qu’à tous nos amis allemands, qu’ils seront les bienvenus à notre congrès de NANTES, en septembre 2008.


Jean-Marc HUTT

Le 25 OCTOBRE 2007

Vous trouverez une partie de ces communications sur le site www.akfos.org, et toutes les nouvelles concernant l’AKFOS, ses membres, ses activités… ainsi que l’annonce des prochaines rencontres et congrès intéressant notre spécialité de par le monde.


 

 

Cette année, pour la huitième édition de cette rencontre internationale (Allemagne, Suisse, Luxembourg, Belgique, France), plus de 120 participants de différentes disciplines ont répondu à l’invitation des autorités militaires allemandes, dans le cadre de l’Ecole du Service de Santé des Armées de la Bundeswehr, à Münich.
Ces journées ont été placées sous le patronage de l’Amiral BARTH, Directeur des Services Odontologiques de la Bundeswehr.
Les congressistes ont été accueillis très chaleureusement par le Médecin Général WITKOWSKI, Directeur de l’Académie de Santé, ainsi que par ses adjoints, le Docteur RAPHAEL et le Dentiste Colonel BENEDIX, cheville ouvrière de ces journées.
Jean-Claude BONNETAIN et Jean-Marc HUTT ont représenté notre pays et l’AFIO à cette occasion.

La première conférence nous a été présentée par le Docteur GRUNDMANN de Duisburg, et a eu pour thème « Le Tsunami : un an après ».
Il nous a parlé en détail des différentes cérémonies qui se sont déroulées à Phuket et dans la région sinistrée : inauguration des stèles et du mémorial, cérémonies civiles, militaires, et religieuses, concerts, démontage des installations…

L’action humanitaire n’a pas été oubliée dans sa présentation. Ceux qui étaient sur place ont été particulièrement impressionnés par le démantèlement du mur du souvenir, des sites 2 et 1c, et par l’installation des deux crématoriums construits au niveau du site 1c.
Il a également été présenté la mise en place des nouveaux dispositifs « Sécurité Anti-Tsunami » (tours de garde, routes d’évacuation, panneaux indicateurs, etc….
Ces lieux de souvenirs n’ont pas été fermés sans nostalgie ; les films et les photographies ont suscité une émotion certaine chez les participants à cette mission.

Le conférencier nous a rappelé les statistiques établies en juillet 2005 :

- 68,48 % des victimes identifiées grâce aux dents
- 26,42 % par les empreintes digitales
- 3,70 % par l’ADN
- 1,31 % par les caractéristiques physiques (sur 1.946 victimes).


Au 31-12-2005, les Allemands étaient arrivés à 97,5 % d’identifications (à raison de 83,5 % par les dents, 13,2 % par les empreintes digitales, et 3,3 % par l’ADN).

Sur l’ensemble des opérations, au 31-12-2005, 68 % des victimes ont été identifiées, toutes nations confondues : 46,3 % par les dents, 35 % par les empreintes digitales, et 18,3 % par la génétique.

Puis, le Docteur LESSIG de Leipzig nous a livré les dernières statistiques relatives à nos amis Allemands concernant cette catastrophe.
Au 15-07-2005, il nous donne les chiffres suivants : sur 537 victimes allemandes, 15 n’ont pas été identifiées.
Une dernière identification d’un corps retrouvé à Khao Lak a eu lieu le 02-02-2006.

L’orateur a particulièrement insisté sur l’importance, mais aussi sur les difficultés et les limites, de l’identification génétique.
Il a toutefois rappelé utilement que les données bucco-dentaires ont été, pour les victimes occidentales, à la base de la plupart des identifications, et donc incontournables.

Jean-Marc HUTT est intervenu pour faire part des dernières statistiques françaises, qui sont proportionnellement similaires à celles des Allemands et des autres principaux pays occidentaux.
Il en a profité pour souligner la parfaite coopération et la bonne entente entre les services français et allemands, durant les opérations d’identification, mais aussi par la suite dans la gestion des données.
Ceci a été confirmé par l’orateur, le Docteur GRUNDMANN, qui a souligné l’efficacité et la compétence françaises, malgré des moyens en personnel inférieurs à ceux des Allemands (lesquels, il est vrai, avaient 6 fois plus de victimes).

Puis, le Professeur HUCKENBECK de Düsseldorf, Médecin Légiste, nous a fait un excellent exposé sur l’analyse de toutes les traces pouvant apporter des preuves en Médecine Légale, sur des cadavres, mais aussi sur des personnes vivantes.
A l’analyse scientifique, le conférencier a ajouté une intéressante approche psychologique et sociologique.

Le Docteur PRIELS de Gand, exerçant à Düsseldorf, nous a entretenus de la possibilité nouvelle de l’holographie dans la reconstitution faciale, avec son intérêt, mais aussi ses limites.
Ce praticien réputé exerce à l’Institut Européen CAESAR de Bonn.

Beate RINDFLEISCH, Théologienne et Psychologue, de Hannover, coordinatrice de la cellule KIT (Krisenintervention) allemande, qui a passé presque deux ans à Phuket et aussi sur d’autres lieux de catastrophes, comme le Kosovo et l’Afghanistan, a étudié le stress post-traumatique selon la théorie de SEYLE et ses effets physiques et cognitifs, en analysant les facteurs personnels prédisposants, ainsi que les systèmes de protection.

Le Docteur GABRIEL de l’Institut Médico-Légal de Düsseldorf nous a ensuite relaté l’identification photographique sur le vivant, selon des critères anthropomorphiques, mais aussi par l’informatique. Cette technique, élaborée en collaboration avec la Police, ne constitue toutefois qu’une simple aide dans le panel des moyens mis à disposition.

Le Commissaire THIEL du Landeskriminalamt (LKA) de Düsseldorf, nous a parlé de dactyloscopie, au vu de ses expériences au Kosovo, en Bosnie, au Pakistan et en Thaïlande, rappelant, après un intéressant historique, la pertinence et l’actualité toujours effective de cette technique.

Le Docteur KIRSCH de Saarbrücken a évoqué la problématique de l’identification en l’absence de renseignements radiographiques ante mortem, en prenant exemple sur les soldats américains disparus lors de la deuxième guerre mondiale, de la guerre de Corée et au Vietnam.
Il nous a indiqué un site américain concurrent, ou complémentaire, de plass data : www.jpac.pacom.mil/CIL/entry.htm.

Le Commissaire THIEL (LKA) a développé un essai de systématisation de la description des vêtements lors d’une procédure policière, avec élaboration de planches standard, pouvant aisément passer d’un service à l’autre.

Le Docteur MUND de Zürich nous a entretenus des techniques actuelles d’évaluation de l’âge (en-dessous de 18 ans), dans le canton de Zürich. Il a évoqué la technique de GREULICH-PYLE, les radiographies de la clavicule et des dents de sagesse, selon l’étude des stades de DEMIRJIAN et collaborateurs.
L’étude sur 368 orthopantomogrammes a donné des résultats assez précis, bien qu’il s’agissait d’une population très ciblée (étudiants).
Il a été intéressant de noter (ou du moins de confirmer) que le développement des dents maxillaires est plus précoce que celui des dents mandibulaires, et qu’à l’âge de 18 ans ce développement n’est, de loin, pas achevé.

Le Commissaire ASPINALL, Chef de la Commission d’Identification (IDKO) du BKA (Bundeskriminalamt à Wiesbaden), nous a parlé de son service : 7 personnes membres du bureau et 170 collaborateurs (130 du BKA, 40 Médecins et Odontologistes Légistes).
26 interventions ont eu lieu depuis la création du service, surtout au niveau d’accidents de trains, de bus, d’avions, et de la catastrophe du Tsunami en Asie du Sud-Est.

Le Commissaire Petra KRUMM de la BKA nous a parlé du DVI allemand et de l’entraînement qu’elle a suivi en Turquie, sous l’égide européenne.
Il s’agissait d’un stage germano-turque sur les catastrophes, avec 97 experts mandatés, et 105 experts « short time », qui s’est déroulé de novembre 2005 à juillet 2006.
Une grande partie du stage a consisté en l’entraînement à la gestion des médias, notamment au vu de l’expérience du Tsunami.

Le Docteur PERRIER de Lausanne nous a relaté l’entraînement du DVI Suisse et du cours qu’il a donné au mois de septembre, sur deux jours, (45 participants à Lausanne).
Ce praticien nous confirme que la plupart des pays occidentaux ne consacrent pas plus de 20 heures à l’enseignement de l’identification, à l’exception de la Suisse, des pays Scandinaves et de la Croatie.

Le Docteur RÖTZSCHER de Speyer, Président de l’AKFOS (Arbeitskreis Für Forensische Odonto-Stomatologie), nous a fait un rapide historique des 30 ans (1976 – 2006) de son organisation, insistant sur la collaboration internationale et l’essor de son association depuis la chute du mur. Il a insisté sur l’excellente collaboration et l’entente internationale, particulièrement avec la France et l’AFIO.
Les liens de notre organisation avec l’AKFOS sont anciens et forts.

Nos amis Allemands nous rappellent le site de leur organisation : www.akfos.org, et informent que leur prochain congrès aura lieu à MAYENCE le samedi 13 octobre 2007.


Les Commissaires EISENLOHR et THOMAS nous ont parlé des dernières techniques de recherches relatives aux personnes disparues, décédées ou inconnues, au niveau de la BKA, et de l’évolution des identifications médico-légales depuis 1980, évoquant particulièrement différentes catastrophes en Allemagne et à l’étranger, comme l’accident d’avion en République Dominicaine en 1996, l’accident de train à Eschede en 1998, le crash du Concorde à Paris en 2000, l’accident d’avion d’Überlingen en 2002, et le Tsunami en 2004.

A l’occasion de cette conférence, les fonctionnaires nous ont confirmé l’incontournabilité du logiciel plass data, et sa nécessaire évolution.

Enfin, le Docteur KNELL de Zürich, membre de l’IDKO suisse, a développé quatre catastrophes impliquant des ressortissants helvétiques auxquelles il a participé :
- Catastrophe aérienne Alitalia en 1990 – 46 morts, dont 10 non identifiés sur 14 jours d’opérations
- Massacre de Luxor en 1997 – 58 morts, dont 36 identifiés à Zürich en 16 jours
- Catastrophe aérienne Crossair en 2000 – 10 morts – tous identifiés en 15 jours, surtout grâce à l’ADN
- Catastrophe aérienne Crossair en 2001 – 24 morts, tous identifiés en 7 jours.

Le Docteur BENEDICK a conclu ces journées bien chargées, studieuses et très conviviales, en nous conviant l’année prochaine dans une structure décentralisée de l’Académie près de Hambourg.


Strasbourg, le 10-11-2007

J.M. HUTT

   
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